Exposition
du 17 au 29 mai 2008
Atelier 9 -
Vulaines sur Seine
Cette
exposition a eu lieu à l'Atelier 9, à Vulaines sur Seine (Seine et
Marne), du 17 au 29 mai 2008. Furent exposés 12 tableaux et quelques
dessins. Une plaquette
de présentation fut
réalisée, ainsi qu'un livret comprenant une introduction
et un superbe
texte
écrit pour l'occasion. Tous ces éléments sont crédités.
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Introduction
Philippe Dumoulin inaugure l’atelier 9 à Vulaines.
Au
fil de trajets matinaux en train, de photographies de nos œuvres volées
par nos téléphones portables, d’échanges littéraires, de conversations
bruyantes et bruissantes autour de tout le monde et de rien aussi, nous
avons fait connaissance.
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Corot,
Delacroix et d’autres s’invitent
dans le 8 h53 pour nous donner une leçon de peinture et énervent nos
appétits artistiques.
L’œuvre
nait aussi de l’échange de mots.
J’ai
projeté dans le wagon les peintures de Philippe avant de les voir. Il
les racontait comme une mère agacée par les turpitudes de son enfant
qui peine à grandir, à mûrir.
Je faisais la connaissance d’un
artiste. Tourmenté par la matière picturale, la couleur sur la toile,
les mélanges et leurs effets sur l’œil. Il veut le meilleur pour ce
qu’il met au monde quitte à faire de ses toiles un agglomérat
de
pigments et d’heures passées à peindre.
Le doute, la violence, le repentir au milieu de mille strates.
Qu’allait-je voir le jour où je verrais si cela arrivait ?
Je
fis la connaissance un soir en vue de cette exposition – terme tabou
pour lui- de cet enfant démultiplié sur les murs de son appartement. Je
ne l’ai pas reconnu tout de suite tant il ne m’avait décris que ses
défauts et son impossibilité à exister.
Douceur. Le mot apparut recouvrant les œuvres projetées sur la voûte du
train.
Ces toiles me regardaient dans leur simplicité déroutante, apaisantes
de violence maîtrisée.
Elles existaient et existent maintenant pour moi.
Les
œuvres possèdent le pouvoir d’être à la source de la connaissance
et
ne demandent qu’à naître. Est-ce beau, est-ce laid, est-ce de
l’Art ?
Ca n’a pas d’importance car quelque chose d’infime et d’essentiel a été
donné.
Philippe est bien ce passeur qui laisse voir.
-Pascal Perrin- |
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Texte
Ce n'est pas un ciel d'ombre.
Ce n'est pas un peintre et ce n'est pas de la peinture.
S'appliquer à bien écrire lentement comme il a su ajuster ses aplats.
Travail en parallèle...
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Il
n'y a pas de tableau.
Juste des touches, des volontés d'une lumière qui n'existe pas, les
méandres -sous-tendus- d'une absence abondante et sournoise qui ne vous
touchent jamais, des "rejets" qui se font attendre entre vous et elle...
La Peinture.
Ne rien dire, ne rien regarder même. S'espacer dans elle.Juste
entendre, peut-être, le craquement des pales du vent, les bruits sourds
qui fourmillent dans les arrêts, dans ces plans-séquences d'une nature
enfreinte, empreinte, ignifugée.
L'affreuse conjecture du sort attend de vous houspiller, d'enrager sur
elle-même.
Paysage volé, bourdonné.
Nouveau paysage impossible. Inexistant.
Trop vrai trop présent trop menaçant trop décontenançant.
Une immense frustration autour de cette nature HELICE, de ce passage.
On aurait envie qu'elle continue sa résolution, sa spirale infernale.
Bloquée, vissée sur toile - chaise électrique, NOTRE peinture
électrique ? - cette douceur virée, absorbée, se désincarne.
C'est tout le contraire d'une "disposition" qui survient, d'un retour à
soi.
Trop de "saveur" pour être humaine, cette ingrate et pourfendeuse
Nature se dégoûte d'elle-même et « interjecte ». La
grande vicieuse est trop belle.
Sous épanchements diaboliques.
Trop. Trop de tout pour ne pas un instant se confondre en un jet
violent, en un sang dur et profond au-delà de toute "mission", de toute
vague seule qui ne veut pas s'enfoncer dans l'ignorance. Dans l’oubli.
Testicules de mer qui charrient, bourses d'effroi qui retournent. Dieu
qu'elles sont épuisantes dans ce si tendre accent, cette
cicatrice : houle de douceur dévastatrice, houle dévastatrice
de douceur - grand silence de
Proie remuant dans sa digue - dieu qu'elles nous représentent mieux que
nous sommes!
Mais qui mange qui ici?
Qui mange qui?
Il est des façons d'écrire et des façons de peindre, Philippe Dumoulin
n'en a pas. Il ne tend pas le bras il respire, il ne regarde pas il
pleure, jusqu'à tout brûler de rage ce qui lui échappe.
Mais lorsqu'il touche, ce qu'il prend, ce qu'il s'arrache, ce qui
reste, tout ça peste encore d'avoir été pris, incandescent; d'être né.
Humeur saturée d'une sève brune, encore fumante...
L'instant tragique, magique pour nous, d'avoir été choisi avant sa
naissance. Il a sorti le ventre d'une nature avortée qui nous
échappe,d'un courroux
suspendu.
Maintenant il attend le rustre, le sauvage, il attend derrière la
porte, derrière chacun de nous, que le travail fasse son oeuvre, que le
tournoiement prenne place.
Il sait que ça arrive, que c'est en cours. En gésine. Question de
temps. Il sait que l'apparent calme de ses tableaux va tout ravager sur
son passage, qu'un immense naufrage va balayer nos œufs et tout
emporter avec lui.
Il ne sait juste pas quand mais il sait que ça arrive, que ça va se
passer. Nos murs sont constellés de fissures et nous ne voyons pas à
quel point ces vagues sont plus fortes que tout.
D'infimes secousses telluriques griffent notre visage mais nous ne nous
regardons pas, nous ne pouvons nous regarder
tant notre âme est accrochée à ce sujet, à cette toile; tant ce bol
trop parfait, trop "chantourné", trop lisse, trop seul, trop sage, trop
calme, nous donne envie de crier, voire de nous tuer.
Si j'étais un poète je dirais que ces vagues emportent nos silences,
qu'elles sont là pour emporter avec elle nos silences, qu'elles sont
nées pour ça, et mortes avec.
Si j'étais un poète j'attendrais de revenir.
Avec elles.
Si j'étais un poète j'attendrais de revenir.
Si j'étais un poète je mourrais, aussi.
Je pousserais, au milieu d'elles, j'évoluerais.
Si j'étais un poète peut-être que j'arrêterais d'écrire
pour plonger dans ces toiles abjectes qui m'engouffrent avec elles, qui
me dénoncent. Peut-être que je surnagerais, plein de larves, prenant ma
respiration du haut d'une vague d'où ma bouche sortirait, seul
excipient de moi d'où je m'aspire, et ce ciel furieux, despote, me
jetterait ses petits poissons d'âmes... Ses petites friandises.
Peut-être que je m'éclabousserais de cet adventice fracas qui jamais ne
survient, ne se prononce,
peut-être que je me vautrais tout embourbé dans l'absolue tranquillité
de ce paysage de lames...
Peut-être que... Peut-être que… Peut-être.
-Jérôme
Boulenger-
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